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31/12/2012

Chapitre 05: Les premières révélations temporelles

« Dans l'échec, tous les hommes finissent par se ressembler. La réussite est le révélateur des natures, et ce qu'elle révèle n'est pas souvent beau. », Maurice Chapelan

0.jpgBob était, ce qu'on peut dire, un bon malade. Pas grincheux pour un sous. Il avait créé de bonnes relations avec les différents soigneurs.

Mary continuait ses visites quotidiennes. 

Le chirurgien était revenu quelques fois à son chevet pour garder le contact et suivre les progrès de sa médecine.

Bob avait le même sens de l'humour que lui. Il appréciait ses visites comme le délassement de la journée.

Sans vraiment le laisser entrevoir, pour joindre l'utile à l'agréable, Bob lui posait des questions courtes pour combler ses trous de mémoire concernant l'actualité publique.

Puis, les visites s'estompèrent, ne laissant plus que la place au kiné pour continuer à lui fortifier le corps toujours prioritaires. 

Ses bandages avaient été enlevés, un à un.

Fin septembre, Bob marchait sans béquilles depuis quelques jours seulement.

Remettre l'esprit à niveau professionnel et familial dans de meilleures dispositions fut réservé à l'étape suivante. 

Il n'avait jamais été un grand consommateur de télé, mais tout ce qui parlait d'évènements du début de l'année, l'intéressait au plus haut point. Comme pour l'Hibernatus, remplir le trou de mémoire devenait presqu'une obsession.

Le kiné, un beau noire, tout en muscles, fut celui qui ordonna les histoires chronologiquement sans que lui-même ne se rende compte que Bob avait des trous dans son agenda du temps.

Pendant qu'il le massait, Bob le questionnait bêtement, presque inconsciemment avec des questions presque futiles, l'air de rien.

-Tiens, j'ai vu un documentaire à la télé, hier soir, disait Bob.

-Ah, oui, il faut savoir tenir ses neurones éveillés. Moi, les films à la télé avec la pub et ces remakes, c'est pas trop mon truc. En cette période, c'est toujours la même chose. Nous avons tellement de chaîne et, même, zapper de l'une à l'autre, cela m'épuise car cela ne sert à rien. Les élections qui approchent me donnent le tournis. Plus question de voir un film sans être interrompu des dizaines de fois par ces spots électoraux.

-J'ai pu le constater. Le mandat d'Obama qui touche à sa fin, nous fout les boules.

-Ouais, les élections, c'est toujours la même chose. Bientôt les débats entre les candidats. Cela va se corser. Un beau match entre Titans. Obama devrait gagner mais Romney reprend du poil de la bête.  

Bob connaissait l'opinion du kiné. Ce n'était pas son opinion sur l'un ou l'autre des candidats qui l'intéressait.

-Oui, bien sûr. Une belle bagarre en perspective dans les deux mois qui suivent. Le temps passe tellement vite qu'on s'y perd un peu en chemin. Qu'est-ce qui ne s'est pas encore passé depuis le début d'année pour en arriver là?

Une question banale qui a priori, ne donnerait qu'une réponse évasive, mais essentielle pour Bob pour le faire remonter aux évènements du monde qui lui manquaient Des trous de mémoires dont il souffrait mais dont il ne voulait pas informer personne, ni éveiller leurs soupçons d'un quelconque trouble avant d'en connaître les raisons. Ce qu'il était aujourd'hui, d'où il était venu dans un passé proche, il connaissait sans problèmes alors qu'il ne gardait aucun échos de ce qui avait précédé.

Le kiné était un bon interlocuteur pour l'en informer.  Il aimait bavarder, donner son opinion sur tout et il ne faisait pas partie du jeu de poker menteur auxquels pouvaient se livrer les plus proches.

Pour Bob, tout était devenu des pièces de puzzle qu'il se devait de remettre en place en trois dimensions dans l'espace et dans le temps. Il le savait l'opération pouvait le réconforter ou le déstabiliser. Mais il voulait en prendre le risque. Le doute, la peur de ne pas savoir le rongeait bien plus. Cette césure dans le temps avait dû avoir une raison, une histoire qui ne correspondait pas aux actions tarabiscotés du film "The game" dont il se souvenait. Bob, contrairement à son héros n'avait rien demandé pour changer son futur. Celui-ci lui avait été imposé. 

Il ne laissait rien entrevoir de ses lacunes de mémoire à Mary. Sa nouvelle situation dans un premier temps, le fait d'être choyé par elle, lui plaisait. Il s'en accommodait en prenant tous les avantages. 

Il ne voulait pas changer cette impression de bien être, de famille unie, de collègues dans une ambiance cordiale de camaraderies. Cela faisait partie de sa reconstruction, de sa reconversion.

Aucune envie de rallumer la mèche d'éventuels désaccords.

La suspicion avait ses limites. Ne pas verser dans la paranoïa.

Le reste, c'était pour plus tard, à son retour à la maison, si cela s'imposait mais il fallait qu'il reconstitue les évènements publiques avant tout comme des références.  

Les semaines passèrent et il se sentait de mieux en mieux. Une petite difficulté de bouger le bras gauche sans effort, une interdiction de croiser les jambes par prescription médicale, mais rien en relation avec les débuts dans la clinique. On devait lui avoir implanté une prothèse artificielle et des articulations qui ne l'étaient pas moins. Bob était devenu un autre homme, un peu bionique et cela l'amusait plus que l'effrayait.

Fin octobre, Mary avait reçu l'autorisation de le faire rentrer au bercail. Elle avait immédiatement pris les dispositions pour le ramener à la maison. Noël approchait et les enfants se faisaient une joie de la passer avec eux, lui disait-elle avec enthousiasme. 

Les mots "les enfants" l'avaient fait réfléchir. Toutes les paroles de Mary le faisaient d'ailleurs.

De quels enfants s'agissait-il? Bob n'avait qu'un fils. Elle devait probablement assimiler le pluriel à sa bru et qui sait, à sa progéniture qu'il n'avait jamais vu. John, son fils, était très certainement content de présenter son épouse avec le bébé, puisqu'il avait de vagues souvenirs qu'elle avait dû accoucher.

Être dans une famille unie, cela n'avait pas de prix et cette réconciliation se présentait sous les meilleures auspices.

Le reste, la vérité n'avait plus d'importance dans l'immédiat.

Mary se faisait toujours aussi aimante. Le débat entre Obama et Romney du 3 octobre l'avait quelque peu excité. Il découvrait une autre femme en elle, attentionnée qui aimait s'occuper de son mari malade mais, aussi, un peu "passionaria" en politique. Elle avait même pris quelques jours de congé pendant le mois dernier pour soutenir son candidat que Bob n'avait aucun problème pour deviner pour qui elle voterait. Mitt Romney, sans hésitation. Et son poulain avait marqué des points.

Il ne pouvait pas la décevoir en trouble-fête, lui qui était pro-Obama et il ne prit pas son opposition.

Ses talents d'organisatrice, elle allait les mettre en pratique quand le moment fut venu de revenir à la maison. Cela, seul, comptait.

Quelques jours après, ce fut le départ de la clinique. Pour ne pas l'obliger à marcher, elle avait réservé un déambulatoire pour sortir plus facilement de la clinique. Elle savait qu'il aurait pu faire le chemin sur ses deux pieds, mais elle disait que cela faisait mieux  de faire plus malade aux yeux des voisins, pour justifier son absence prolongée au bureau et ainsi continuer ses bons offices.

Une voiture qu'il ne connaissait pas, attendait à l'entrée de la clinique.

Ce n'était pas la copie conforme de sa vieille MG, qu'il avait toujours aimé mais elle en avait la couleur rouge pour lui ressembler. L'ancienne avait payé de sa vie comme tout ancètre, dans une embardée qui l'avait fait échouer lamentablement dans le fond d'un ravin.

-J'espère que ta nouvelle voiture te plaise, Bob. dit Mary.

Bob n'avait pas à juger le choix de Mary. Elle avait d'autres goûts et il n'avait pas l'intention de faire la fine bouche.

-Oui. Elle est très belle. Tu as toujours eu beaucoup de goût. Merci.

La clinique était en plein centre de San Francisco. Le trajet ne devait pas duré longtemps. 

Mary au volant. Bob, à l'arrière de la voiture, n'eut aucune envie de décrire les rues qui déroulèrent leur activité habituelle. Trop content de quitter la clinique, il n'eut pas un moindre regard vers elle, par la lucarne arrière. 

Un regard vide au défilé des voitures, des gratte-ciel. Le Golden Gate arriva et revoir son pont préféré fut le seul sourire du du voyage qui s'afficha sur ses lèvres. 

Mary avait bien préparé le terrain de son arrivée. Elle avait raconté les dernières péripéties à ceux qui voulaient l'entendre pour qu'ils soient préparés aux retrouvailles.

Sausalito. Enfin, au détour d'un chemin, la maison qui arriva dans son champ de vision.

-Content d'être rentré, chéri ?, demanda Mary en se retournant vers lui. Les premières paroles du voyage...

-Bien sûr. Je reviens de loin. Je ne pensais pas revenir encore vivant.

Il n'avait pas envie de parler de ce lointain passé. Son devenir était de plus en plus dans son présent.

A l'entrée, sur le perron, son fils, John, était là avec sa femme, tout sourire aux lèvres, un bébé dans les bras. Bob était grand-père. Il en avait désormais la preuve.

Une banderole avait été plantée au dessus de la porte d'entrée avec un grand « Welcome Daddy » en technicolor. 

Pour accueillir le revenant, sur le perron, le voisin avec son épouse, son fils et sa bru avec un bébé sur les bras. Plus loin, à l'intérieur, un « Home sweet Home » prônait au dessus de la cheminée.

La table était mise. Les rallonges de la table étaient sorties pour accueillir huit couverts.

-Ce sera une répétition pour le Thanksgiving, dit Mary, avec un rire nerveux de plaisir.

Les deux places vides étaient réservées aux parent de Mary qui arrivèrent en soirée.

Ce le fut vraiment, une soirée exceptionnelle pendant laquelle on oublie tout et on remet les compteurs à zéro.

Rire et manger, n'est ce pas les meilleurs moyens pour tout oublier ?

Aller irait plus loin dans sa quête d'informations, il n'y pensait même plus.


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27/12/2012

Chapitre 06: Réconciliation avec le passé

« Les morts se prêtent aux réconciliations avec une extrême facilité. », Anatole France

0.jpg

Le 6 novembre, ce fut la reélection d'Obama. Secrètement, il était content qu'il avait gagné. Il n'en laissa rien paraître à Mary qui  plus nerveuse que d'habitude était visiblement contrariée par le même événement.

Pas question de commencer un conflit familial pour un problème de politique. 

Tout doucement, Bob reprenait goût à la vie. L'idée que tout était beau, gentil et peut-être vrai, l'avait effleuré.

Marcovitch lui avait donné un mois de plus après sa convalescence à la clinique. Il oublia l'événement qui d'après lui, avait provoqué son accident.

Les cicatrices physiques s'effaçaient définitivement par suite des soins que Mary lui apportait.

Le kiné était encore venu une ou deux fois. Plus une visite de courtoisie que pour donner des soins. Une amitié s'était forgée entre eux. 

Les cicatrices morales, elles, s'estompaient derrière un mur de bonnes paroles volontaires.

Ce qu'il avait enduré pendant le mois de solitude avant son accident, ne pouvait être qu'un effet du hasard suite à une erreur de jugement et du temps. Il se forçait à le penser ainsi.

Un soir, il en entama la consécration de ce succès dans une conversation avec Mary pour couronner ce changement psychologique.

-Mary, si on partait en vacances une semaine. Nous sommes presque en hiver, et si on allait en montagne. Tu ferais du ski. Je me reposerais au soleil. Cela fait tellement longtemps.

-Ce serait une bonne idée, mais nous avons un projet important au bureau pour l'année prochaine. Je ne peux quitter le bureau aussi facilement. Ta convalescence ne va pas durer et bientôt tu retourneras au boulot. Je suppose que tu as déjà repris des contacts avec tes clients et...

-D'accord, mais ce serait aussi une possibilité de remettre nos compteurs à zéro. Nous sommes mariés depuis 29 ans. Dans quelques mois, 30 ans de vie commune. Nous sommes un vieux couple reconnus comme tel par nos connaissances. Tu ne crois pas que ce serait une bonne idée de tout balancer et de penser à nous pour un temps. Notre garçon semble sur les rails. Au Mammoth Lake, par exemple. Ce n'est pas loin. Quatre heures de route et on est en pleine nature dans les grands espaces, il devrait déjà y avoir de la neige. Et, Là haut, le soleil brille. Il y a longtemps qu'on y a été. Qu'en dis-tu? 

-Je vais voir ce que je peux faire, mais je ne te promets rien. Ne fais pas de projets sur la comète avant que je ne t'ai donné le feu vert.

-Ok mais ne tarde pas. Mon congé supplémentaire ne va pas durer. Nous sommes déjà tard pour entamer un voyage sur le pouce.

La conversation s'arrêta là. Bob n'avait pas l'intention de lui donner plus de raisons intimes à l'écarter de la maison. Pour ce qui est du boulot, s'il avait repris des contacts avec le bureau, ce n'est pas pour le faire revenir dans l'esprit des clients. Ceux-ci avaient appris sa mésaventure. Son équipe avait repris les rennes de ses propres affaires et certains avaient été délégués pour lui remettre leurs voeux de prompts rétablissements.

Tout tournait sans lui et jusqu'ici, il n'avait pas encore eu l'envie de se remettre le collier autour du cou. Cette vie, légèrement handicapée dans sa mobilité, ne le contrariait qu'à moitié, en définitive. Il n'avait jamais connu cette plénitude d'un bonheur qu'il n'avait pas connu en pleines facultés physiques.

Jamais, il n'avait pris le temps de regarder la maison et le jardin avec autant de sagesse et de plénitude. Ce n'était pas du yoga, mais ses moments de réflexions ressemblaient à une analyse existentielle. Il se rendait compte que rien n'était jamais acquis ni dans un sens ni dans l'autre.

Il ne voulait plus ressembler à l'homme d'avant, ne plus recommencer ces moments sombres et de disputes.

Non, vraiment, pas de crainte à avoir. 

Il prit le temps de lire, ce qu'il avait oublié de faire depuis longtemps, trop occupé au boulot. Pas vraiment bricoler dans la maison, mais remettre de l'ordre dasn sa vie. Des occupations qu'il avait perdues de vue.

La maison n'était pas grande mais jolie. De type méditerranéen, comme beaucoup. Le jardin était de la taille d'un jardinet que l'on mesure plus en centiares qu'en ares. Un palmier prenait beaucoup de place et nécessitait depuis quelques temps plus qu'un élagage. Le parterre de roses à arroser complétait la place encore libre dans son emploi du temps. Les roses avaient ainsi, comme lui, repris goût à la vie.

Bob était un américain de traditions. Californien dans l'âme, il aimait son pays. L'Etat dans lequel tout était possible, pour seul horizon. Il ne connaissait quasiment rien du reste du monde si ce n'est par l'intermédiaire des médias.

Depuis un certain temps déjà, il se rendait compte que la Californie était parti en vrille avec ses nouveaux chômeurs de la classe moyenne. Mais il se cachait derrière cette réalité. C'était le paradoxe d'une situation vieillissante mais qui faisait toujours un carton au box office. Quand on travaille dans les nuages que l'on appelait le "cloud computing", il en était encore loin. Il n'avait pas le besoin d'atterrir en sortant des nuages puisqu'il n'avait décollé. Il n'avait jamais voulu partir dans ce djihad en mode "bleu" ou "vert", devenu la phobie ou la religion de la Silicon Valley.

Ils connaissait trop bien les yuppies qui étaient aux commandes. Cette "Valley" avec ses gosses de riches et ses pelotons de créatifs, il ne voulait pas en faire partie. Cela lui avait souvent joué trop de concurrence avec une certaine agressivité. Bob avait une excellente formation issu de facs d'élites, mais il ne  se sentait pas intégré dans ce domaine de friqués et de dingues que l'on adore ou insulte au besoin. Dans son équipe, il comptait deux Indiens, trois Mexicains et un Cubain. Les autres étaient des natifs, des immigrés d'une autre époque, devenus de purs Américains plus vrai que nature. Tous aimaient les sports pour garder la forme physique à courir comme seule arme de destruction massive de cet esprit rivé à l'économie. Quitter la Californie et ses grands espaces, jamais l'idée ne l'avait effleuré.

Ce soir-là, Mary revint avec la bonne nouvelle.

-J'ai parlé à mon chef. Il m'accorde une semaine. Je prendrai mon PC et mon portable avec moi, mais je dois être rentré à la fin du mois de novembre pour un meeting. Si tu veux te charger des réservations.

-Formidable. Je m'en charge. J'avais déjà jeté un coup d’oeil sur les hôtels. Il y a des séjours de ski... et si cela ne marche pas, pourquoi pas l'inverse au soleil plus au sud, au Mexique... et refaire notre voyage de noce en Basse-Californie...

-Je te laisse seul juge. Fais pour un mieux. Je sais que tu as des talents d'organisateur. Je te fais confiance.

Le dîner fut encore plus joyeux que d'habitude comme de jeunes amoureux. Les yeux rivés dans les yeux, Bob se disait que sa stratégie était la bonne pour contrecarrer ce mauvais présage qui faisait partie d'une vie plus antérieure. Une fausse vie sans futur qu'il fallait relier au présent, un peu plus tard.
Le lendemain, tout fut réglé. Une réservation sur Internet. Départ pour Mammoth Lake pour le lendemain.

Tout se passa comme prévu. Quatre heures de route dans les grands espaces qu'il reconnaissait pour avoir visité quelques clients sur place. Mary conduisait. 

Il remarquait qu'il ne connaissait pas beaucoup du métier de Mary. Elle travaillait dans un bureau d'architectes.

Elle lui raconta les derniers projets dont elle devait s'occuper.

Bob l'écoutait avec une écoute qu'il n'avait eu que rarement l'occasion. Construire des maisons, quelque chose dont il ne connaissait pas grand chose. Bob découvrait ou redecouvrait la passion de son épouse. Que de temps perdu, se disait-il.

L'étape suivante du plan réconciliation pouvait commencer à germer. Quant à la conciliation avec le futur, tout restait à faire.


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23/12/2012

Chapitre 07: Des vacances studieuses

« Mon éducation, je l’ai faite pendant les vacances. »,  Osbert Sitwell 

0.jpgPendant les premières matinées, Mary était partie skier sous son conseil.

Le deuxième jour, Bob regardait les montagnes et rêvait. Cette semaine, il voulait la réserver en partie à éclaircir son passé professionnel.

Assis dans une chaise longue, habillé chaudement, il suivait à la jumelle quelques skieurs et à rechercher Mary sur les pistes de ski.

Il faisait froid, mais beau, aucun vent et un soleil qui rendait la neige trop brillante pour continuner à viser la neige trop longtemps.

Il prit son laptop dans ce temps libre.     

Du temps à se reconnecter avec sa société 'Pharmastore' pour comprendre pourquoi il avait été mis sur une liste noire avant l'accident car il en doutait de moins en moins et parl là, comprendre le revirement qui en avait suivi.

La première récolte de renseignements qu'il pouvait rassembler sur Internet, n'apportait rien de bien explicite ou d'utilisable, utile pour confirmer ou infirmer ses soupçons.

En général, tout se résumait à plus ou moins des annonces publicitaires. Un catalogue prix de médicaments que l'on pouvait commander par l'intermédiaire de la Toile. Quelques renseignements sur la santé de l'entreprise limités à la fin de l'année 2011, terminée sans heurs. Rien au sujet des échéances trimestrielles. Il ne serait pas étonné si les bénéfices de fin d'année 2012 allait fondre, même si le chiffre d'affaire devait probablement grimper.

Pas de « profit warning » en vue, c'était déjà ça. Le dernier rapport du patron lors de l'interview d'une journaliste de Wallstreet disait que les résultats correspondaient aux attentes, et aux perspectives ou plutôt, pour être plus exact, à la conjoncture morose qui réduirait les bénéfices. Mais le message était, il ne fallait pas s'inquiéter. La planification de nouveaux produits allaient relancer les ventes. Pas d'annonces tapageuses, explicites sur ces nouveaux médicaments contre le Sida et la maladie d'Alzheimer n'avait pas été évoqué. D'autres projets sur les maladies orphelines n'avaient pas reçu l'aval des administrateurs ou des actionnaires. Le secret du fait que les délais avaient dû être postposés par manque de résultats probants des tests, était préservé.

Point positif, aucun plan de restructuration à l'horizon de la fin de l'année 2013.

De proche en proche, Bob, vu son expérience du terrain,  commençait à ébaucher un autre avenir de la société même si le rapport ne permettrait pas à se faire des idées précises de la situation. Il était clair que les administrateurs préparaient les actionnaires à des chambardements à la fin de l'année fiscale. Se faire racheter pourrait se manifester bientôt pour confirmer l'idée que seule une société plus grosse et bien en forme pouvait encore donner des fruits dans un soucis d'économie d'échelle. Soucis qui mène obligatoirement à des licenciements vu la redondance des fonctions. 

Son enquête se poursuivit par la lecture des concurrents de «Pharmastore». Au début, il ne trouva rien de particulier.

En pousuivant sa recherche, il constata que le principal concurrent, «Pharmacom» s'apprêtait à racheter «Europhar». En cherchant plus loin, il apparaissait que cette dernière, producteur européen était en difficulté. Des brevets  sur des médicaments stratégiques arrivaient à échéance et tombaient dans le domaine publique. Les médicaments génériques étaient poussés en avant par les gouvernements européens pour épargner les remboursements des mutuelles. Une nouvelle restructuration au menu. 

Plus loin encore, une autre annonce rendait la situation générale encore plus claire: "USA: le pharmacien GSK paie une amende record de 3 milliards" pour mettre fin à des poursuites du gouvernement américain liées à la promotion illégale de certains médicaments, de ne pas avoir dévoilé certaines données liées à la sûreté (des médicaments) et d'avoir fait de fausses déclarations sur les prix... plus gros accord à l'amiable d'un groupe de santé dans l'histoire des États-Unis et du plus gros versement par un groupe pharmaceutique. ... enquête engagée par le procureur de l’État du Colorado en 2004 et reprise en main plus tard par le procureur du Massachusetts sur les pratiques commerciales du groupe liées à neuf produit. GSK, forcé de tirer sur la ficelle des impôts en se concentrant sur les vaccins comme vache à lait".

Un autre article, Janssen et Pfizer ramaient dans la découverte de médicament contre le sida. Ce qui avait décidé la société d'arrêter les recherches trop couteuses.

Pour d'autres médicaments, il apprenait que la contrefaçon touchait huit cent médicaments dans le monde. Ce qui devait également entraver les bénéfices.

Non, tout n'allait pas si bien dans les entreprises pharmaceutiques. Dans tous les secteurs d'activité, il fallait se battre, mais dans celui-ci, il fallait jouer des coudes dans une véritable guerre de tranchés contre les concurrents, mais, en plus, contre les autorités des pays. 

Il avait appris les histoires de magouilles qui planaient au dessus des médicaments dont il avait été parfois, l'instrument de vente comme l'était "Mediator". Des effets secondaires non nuls ou au contraire, qui se révélaient avoir une efficacité trop faible.

Son renvoi de Pharmastore, qu'il avait gardé en mémoire, pourrait, dès lors, très bien ne pas être une pure imagination ou une vision chimérique.
Il avait pris des notes au passage d'un site sur l'autre et avait construit les bribes d'un dossier. Mais, la question subsistait: pourquoi, ce revirement artificiel après son accident?

Il était encore plongé dans ses réflexions, quand Mary rentra.

Assez excitée, elle était à des années lumières des considérations de Bob.

-Comment as-tu passé les dernières heures? Tu ne t'ennuies pas trop? Tu devrais me rejoindre sur la neige. Tu verrais que la glisse apporte tellement de plaisir », lança-t-elle.

-Qui a partagé tes glisses sur les pentes neigeuses?

-Comme, il y avait longtemps que je n'avais plus skié, je me suis inscrit à des cours et le moniteur était vraiment un chouette gars, très sympa, répondit-elle avec une certaine excitation dans la voix.

Touché. Des paroles qui réveille une jalousie innée et secrète, mais Bob ne laissa rien voir de ce sursaut. 

-Je suis désolé de ne pouvoir t'offrir ma présence maladive. Je ne suis pas sûr de pouvoir être en forme pour skier avant longtemps.

Elle devait avoir vu les joues de Bob rougir.

-Chéri, je ne voulais pas te reprocher quoique ce soit. Je te faisais le résumé de la matinée, sans plus. Es-tu jaloux?

-J'avoue, un peu. Jaloux de ne pas pouvoir t'accompagner, mais heureux que tu passes agréablement ta journée et que l'on se retrouve ensuite.

-Tu sais que je t'aime, non? 

-Figure-toi qu'il y a des moments, il fut une temps où j'ai hésité à le croire.

Mary ne voulait pas engendre ce genre de conversation et fit semblant de n'avoir rien entendu.

-Demain, je t'emmène. Tu verras que tu en oublieras tes problèmes de la veille.

Elle leva les épaules et quitta la conversation avec un sourire très câlin aux lèvres.

-D'accord. On verra si je peux me transformer en danseuse étoile sur la neige, répondit Bob en lui rendant son sourire.

Bob avait 52 ans et Mary en avait cinq de moins. En pleine force de la mûre séduction, elle ne pouvait cacher ses manières de dompteuses.

Les jours suivants se déroulèrent sans heurs. Les promenades à deux avaient un charme que chacun semblait apprécier. Le soleil au dessus des nuages avait brûlé et tanné les peaux. Le soir, après le restaurant de l'hôtel, quelques skieurs venaient raconter leurs exploits dans le salle de repos. Ils divulguaient les pistes moins encombrées avec une neige encore molle dans laquelle on ne se fait pas de mal en tombant. Des informations stratégiques que tous skieurs écoutaient avec attention.

Mary et Bob avaient fait la connaissance d'un autre couple plus jeune dont, le mari, Jef, avait des sujets de conversations en commun puisqu'il était vendeur en vins californiens. La vente attire les idées de vente entre ses acteurs, peu en importait ce qui en constitue la substance. Les difficultés de vendre se retrouvent en commun.

Le temps avait passé plus vite que prévu. La semaine s'était écoulée et il fallut repartir. 

Mary n'avait quasiment pas utilisé son portable qui restait toujours à proximité, connectée avec le monde des affaires.

De l'après-midi jusqu'au soir, Bob, au contraire, avait fait le break complet et ne voulait pour aucune raison être dérangé de ses moments précieux de bonheur. Le cadre avait été superbe. La dernière nuit, la neige était tombée et le lendemain, le brouillard était tombé le matin. Un temps qui ne fait pas regretter de repartir et d'établir une conclusion au voyage.

La montagne, prise sous la neige blanche, lui avait apporté une paix indicible et il avait fait quelques belles photos avec un pied de ce décor féerique à tous les moments de la journée. Photos qu'ils revoyaient ensemble le lendemain.

Avant de partir, Bob prit Mary à témoin de ce qu'il avait découvert sur Internet et lui demanda:

-Penses-tu, parfois, devoir quitter la société qui t'emploie et recommencer à zéro ? Vendre des maisons et en construire, ce n'est plus la grande fougue des Américains quand on pense aux subprimes. 

-Non, pourquoi ? As-tu des intuitions qui te le ferait penser pour toi-même?

-Tu connais les affres de la crise qui touche toutes les entreprises. On restructure partout. On rajeunit les cadres. On rationalise les postes pour obtenir plus de bénéfices dans le rayon pharmacie.

-Je lis les journaux comme toi, mais ressens-tu cette tendance dans ta propre société? «Pharmastore» n'est pas une «start up». Marcovitch, le chef de Human Ressources m'a semblé très serein pour l'avenir de la société quand nous avons parlé pendant ta convalescence. On aura toujours besoin de médicaments surtout avec le vieillissement de la population.

-C'est peut-être cela qu'il faut craindre. Quand il y a de l'argent en caisse. Une société se doit d'éliminer les éléments qui coûtent trop cher. Les branches trop vieilles comme moi, les actionnaires pourraient aimer les couper. Aujourd'hui, on met des jeunes fraîchement sortis des universités qui s'ils n'ont pas l'expérience, ont des avantages indéniables de connaître de nouvelles techniques de vente. Eux, ils aiment les titres ronflants et ne sont pas encore trop regardants sur le montant de leur fixe. C'est ça prévoir l'avenir pour une société dans le vent, non?

-Mon cher Bob, tu ferais peur à n'importe qui. Tu ferais pleurer le bébé qui vient de naître avec tes histoires. Tu es d'un triste à casser toute l'ambiance d'une fête. Je ne te suivrai pas dans cette voie. Nous avons passé une semaine de vacances exceptionnelle à deux sans tous ces soucis et te revoilà replongé dans la moise comme un oiseau de mauvaises augures.

Bob n'avait pas l'intention de la faire peur et encore moins de lui reparler de son aventure mystérieuse qu'il avait ressenti dans son court passé parallèle. Il voulait lui parler de ce qu'il avait découvert sur Internet, de ces rachats, des fusions de sociétés dans ce qui touchait la branche "pharmacie" et de la faire réfléchir au cas où il serait mis sur la sellette ou se retrouverait sur un siège éjectable. Sans plus. Le job de Mary était complètement différent. Il ne voulait pas la contrarier.

-D'accord. Dès ma rentrée, avant que je ne revienne sous l'emprise de la société, j'irai faire un tour parmi les collègues qui sont sensés en savoir un peu plus long au bureau. Le délit d'initié est puni par la loi mais pas pour ce qui est de se renseigner sur son propre avenir dans une société. Non?

La première partie du plan post-accident n'avait pas pris une mauvaise allure avec Mary. De ce côté, il était rassuré. Elle semblait ne plus avoir des envies d'aller voir si l'herbe était plus verte ailleurs. Il y avait quelques indices qu'il n'avait pas tout inventé. La tendresse était bien là, mais la tendresse seule ne fait pas un couple. Faire l'amour ne faisait plus partie de ses souvenirs depuis longtemps. Puisqu'il semblait que les bons sentiments reprenaient le dessus, il fallait bientôt confirmer ces sentiments.

Le deuxième volet, son avenir dans la société, demandait encore plus de suivi et de recherches, mais ce n'était qu'un début.

La suite de ses découvertes l'inquiétait plus.


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19/12/2012

Chapitre 08: Enquête de départ

« Lorsque des éléments, des détails, même anodins, reviennent régulièrement dans une enquête, il faut toujours les retenir, parce qu'ils dissimulent à coup sûr une signification profonde. », Jean-Christophe Grangé

0.jpgLe retour fut sans histoire. Des souvenirs heureux à mettre dans un album de famille.

Plus aucune allusion au sujet de la discussion de la veille.

Tout sourire, Mary était partie pour assister à son meeting important et Bob avait reçu un coup de fil de Jef et Agnes, leurs nouveaux amis avec qui ils avaient partagé quelques bons moments pendant ces vacances.

Bob repris contact avec les réalités de la maison.

"Pourquoi ne pas repeindre le living qui avait déjà quelques années de loyaux services ?", se disait-il.

Bientôt, Thanksgiving, il y a des pièces où ce ne serait pas un luxe de remettre un peu de jeune. Le soleil ronge et l'humidité termine le travail de sape.

Mais, le goût n'y était pas. Cela faisait tellement longtemps que les pinceaux et les brosses avaient dû prendre des allures de plomb fondu en un seul tenant. Il fallait probablement leur donner des remplaçants ou les rénover quand c'était encore possible. Non, trop de latence pour rompre cette alerte dans l'immédiat.

Il prit la décision d'aller au bureau pour aller tâter le terrain comme il l'avait annoncé à Mary.

Plus question de faire des excès de zèle ni de vitesses en route. Le temps était clair. La tour blanche triangulaire bien dégagée qui détenait les bureaux de la société, approcha plus vite que d'habitude.

Sa nouvelle voiture rouge, moins agressive que la MG, ne le tentait pas de revivre ce passé tragique. Quand il arriva au point de la chute de sa MG dans le vide, il eut un pincement au coeur en ralentissant et en essayant de voir les restes de l'accident.

Plus rien d'apparent, si ce n'est une profonde entaille qui déchirait un des taquets le long de la route. En y regardant de plus près, on pouvait encore apercevoir la couleur rouge de son ancienne voiture. Au fond du ravin, la carcasse avait été enlevée et seule un peu d'herbe roussie aurait pu rappeler l'accident. 
Arrivé, il trouva une place de parking au deuxième sous-sol et prit l'ascenseur.
Arrivé à la réception, la préposée l’accueillit avec un large sourire.
-Salut Bob, jamais vu un revenant en si bonne forme. Quel bronzage. Plus aucune cicatrice ?
-Salut Berty. Je ne vais pas te montrer ce qui me reste de l'aventure et faire un strip pour te montrer les cicatrices. Tout est bien caché sous les vêtements. Aujourd'hui, les chirurgiens font des miracles de coutures. De vraies bonnes femmes. Il faut dire que pour faire de la couture, ils sont un peu lent de compréhension de ce qu'est le point de croix, mais qui a besoin d'en arriver là? Tiens, tu ne te rappelles pas de la raison pour laquelle je suis passé par ici, avant mon accident?, questionna Bob, mélangeant l'humour à la question cruciale qui le poursuivait.

-Je ne suis pas sûr d'avoir été présente ce jour-là. C'est à ma collègue, Lizbeth qu'il faudrait poser la question. Elle est en congé depuis hier.

-Ok. Pas de problème. Laisse tomber, c'était une question banale sans intérêt. Je ne me rappelle plus de tout des détails. Cela doit être le syndrome d'Alzheimer qui me guette à ce sujet. J'ai encore quelques jours devant moi avant de revenir au turbin alors je suis passé par ici pour me remettre dans le bain. Qui est là, ce matin parmi les anciens que je connaisse?

-Après ton accident, normal que des boûts de mémoire te font défaut. Il y a Marcovitch de "HR", Silmons de la comptabilité, Darquette de "Projects",... les autres sont plus récents. Tu ne dois pas connaître.

-Merci. Cela me suffit pour la matinée. Je vais voir Darquette.

-Troisième porte à droite.

Bob était déjà dans la direction que Berty lui indiquait du doigt, après avoir fait un clin d'oeil et lever le pouce gauche et l'index près de la tempe. Il frappa.

Il frappa à la porte et une voix nasillarde lui dit d'entrer.

-Salut Jim, j'espère que je ne te dérange pas.

-Pas le moins du monde surtout que quand c'est un miraculé qui m'interrompt, je suis encore plus enclin à lui répondre par l'affirmative. Comment va? On dirait que tu as rajeuni depuis notre dernière rencontre. Tu es même bronzé.

-Oui, Jim, j'ai eu une semaine de convalescence assez reposante au soleil des montagnes au dessus des nuages. Et ici, comment progresse les nouveaux projetsPas de nouveaux médicaments en vue? Mes clients commençaient à rester sur leur faim avant que je le les abandonne à mon triste sort.

-Tu sais comme moi, que le projet du vaccin contre le Sida n'a pas encore fait des étincelles. Trop d'effets secondaires. Quant à les médicaments contre Alzheimer, de ce côté, c'est vraiment pas la gloire. Tu connais la Metformine et la Statine. Ils s'y intéressent mais cela n'a rien apporté de nouveau. Ils ne passeraient pas entre les mailles du fillet des tests du Conseils de contrôle. Je suis sûr que la boîte pourrait mieux s'en ressentir s'il n'y avait pas ce retard dans les délais. Pour les chiffres, je te laisse aller voir à la comptabilité. Ici, je surveille l'évolution de quelques projets. Mais n'as-tu pas de mot de passe pour aller sur Intranet ? Tu aurais déjà une meilleur approche de ce qui se passe dans notre noble maison.

-Je l'ai eu cet accès, puis j'ai perdu le mot de passe. Je n'ai jamais été un fana d'Internet, tu sais. Les listes de prix, on me les donnait imprimées pour les clients.

-Ok. L'adresse, toujours la même « www.pharmastore.us ». Prends ton nom et une initiale comme reconnaissance et je vais te donner le mot de passe après l'avoir réinitialisé. Tu peux le changer à ta guise. Tu verras que certaines entrées sont encore protégées par d'autres mots de passe. Il y a même un projet militaire ultra-secret dont peu de monde dans la boîte ont les clés d'accès pour obtenir tous les détails. Il s'agit d'un projet qui s'occupe de la mémoire.

Le mot « mémoire », Bob eut un déclic à peine perceptible, un sorte de relation de cause à effet avec son propre parcours de perte de mémoire. "Non, j'allucine, cela n'a rien à voir", se disait-il.

-J'ignorais que l'on travaillait pour la Défense.

-Je ne peux t'en dire plus. Je ne m'intéresse qu'aux projets pharmaceutiques pour le public.

-Qui est au parfum de ce projet ?

-Je n'en sais rien. Le patron à New-York probablement et d'autres grands pontes. Cela t'intéresse ?

-N'oublie pas que si je suis vendeur de produits pharmaceutiques, j'ai aussi une formation de neurologie sans l'avoir vraiment patiqué.  Le cerveau, la mémoire, ce sont des domaines dans lesquels, j'ai écrit ma thèse à l'université.

-Si j'en apprends plus, je te préviendrai sans faute.

-Ok. Merci. 

Bob prit congé et sortit. Il avait son compte.
Dans le couloir, il fut surpris de rencontrer Marcovitch.

-Salut, Bob, quelle forme !

-Je te remercie de ta visite à la clinique. En effet, il suffit parfois d'un accident et on reprend des formes parfois différentes et des couleurs inattendues. Mais, je ne te conseille pas la formule, il y a des effets secondaires notoires à cette belle forme, répondit Bob avec un sourire en coin en se rappelant d'une visite dans son bureau dont personne ne semblait avoir le souvenir excepté lui-même.

"Tu oublies le traumatisme d'avoir été viré", eut-il l'envie d'ajouter, mais heureusement, il n'en fit rien. Dire cela et tout aurait été perdu, partie jouée et personne n'y aurait gagné.

Tant qu'il n'avait pas les clés de l'affaire, il avait décidé d'être muet comme une tombe sur ce passé-là. Voilà la stratégie du moment qu'il se proposait de suivre. Le complot du mutisme collégial, ce n'est pas lui qui allait le rompre. Il tiendrait bon. Le mensonge était plus contagieux qu'il ne l'aurait cru.

Une enquête, c'est toujours comme ça: au départ tout est décousu. Puis on remonte les fils et on retrouve les couleurs fusionnelles si pas originelles.


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15/12/2012

Chapitre 09: Mystères à rebondissements

« Demain est un mystère, pour tout le monde, et ce mystère doit provoquer le rire et l’envie, pas la peur ou le refus. », Marc Levy

0.jpg

De retour, Bob se reconnectait sur la Toile.

Son fils avait baigné tout jeune dans l'informatique et connaissait les moyens de ne pas s'y perdre. Bob avait essayé quelques fois et avait très vite lâché prise pour les grands espaces loin des écrans trop noirs pour lui.

Son nouvel appétit tranchait mais cette fois, il acceptait d'y consacrer plus de temps. Son expert de fils en aurait été étonné et Bob riait en le pensant.

Jusqu'ici, il avait utilisé le laptop de Mary.

Contrairement à celui de Mary, celui de Pharmastore semblait encore sortir tout droit de son premier carton d'emballage avec l'adresse d'entrée, colée sous le clavier, pour atteindre le site commercial.

Le mot de passe précédant son nom "Manson" avec l'initiale «R». 

Ensuite le mot de passe. Miracle, cela répondait toujours.

Il pénétra sur le site interne de "Pharmastore". Il se félicitait de s'être exercé au préalable. Assez agréable et intuitif à consulter, se disait-il à première vue.

Certains liens vers différents noms de projets lui disaient quelques choses. Même si cela l'attirait moins, mais il s'y attarda.
Les objectifs et l'évolution de chaque projet permettait d'avoir une idée assez précise des progrès de chacun. Les formules chimiques ne s'y trouvaient pas mais tout était documenté.

Plus loin, sautant de lien en lien, le mot « MIND » apparut. Beau nom pour un projet, ne manqua-t-il pas de penser, mais pas moyen d'en savoir plus. 
Entre parenthèse «Memories of Individuals Naturally Dispatched». C'était tout. Aucun lien ne permettait d'y aller voir de plus près. Peine perdue. 

Bob passa le reste de la journée en passant d'un projet à l'autre.
Le projet « SIDA » était bien commenté. Il était clair qu'il était important, mais aussi qu'il végétait partiellement derrière des obtentions de brevets et d'accréditations.

Quand Mary rentra, elle ne put s'empêcher de lancer avec un humour non dissimulé :

-Depuis l'accident, j'ai un autre homme. Voilà qu'il s'intéresse à Internet, maintenant. Ce n'est plus de l'amour, c'est de la rage.

-Fous toi de moi. Je le mérite. Je n'ai jamais pris le temps, mais j'ai fait des progrès prodigieux en à peine quelques heures. Les moteurs de recherches sont tellement rapides et efficaces et n'on plus aucun secret pour moi, fit-il avec le sourire . 

-Je ne te le fais pas dire, mais tu n'as jamais voulu comprendre l'efficacité que tu pouvais en tirer.

Dans la soirée, le portable de Bob se mit à vibrer. Il sauta de sa chaise et pressa le bouton pour se mettre en communication. A l'autre bout, une voix qui lui était familière.

-Salut Bob, ici c'est Jim. Jim Darquette. Je ne te dérange pas ?

-Non, pas du tout. Je ne m'attendais pas à entendre ta voix de si tôt.

-Je comprends. Mais j'ai beaucoup de choses à ajouter depuis notre entretien. Es-tu seul ? Si ce n'est pas le cas, retéléphone-moi. Quand je dis seul, c'est seul, même sans ton épouse...

-Non, mais je vais aller au jardin. Comme il fait bon à l'extérieur, elle ne trouvera pas étrange que je le fasse, chuchota-t-il.

Quelques instants et Bob reprenait la conversation.

-Ok, je suis seul, vas-y.

-Désolé de devoir te demander cela mais, ce que je vais t'apprendre ne s'adresse qu'à toi. Ne le répète à personne. Moins, il y a de personnes au courant, moins il y a de risques de fuites et de risques tout court. Désolé d'imposer un tel traitement d'exclusion à ton épouse. Pas de nom. Je ne plaisante pas. Je ne pense pas que je sois sur écoute, mais il faudra que nos contacts soient les plus discrets et les plus brefs possible.

-Là, tu m'intrigues vraiment. Quand nous nous sommes quittés, je n'avais pas l'impression qu'il y avait beaucoup de secrets dans l'air entre nous.

-Tu as raison. C'était voulu. Les murs ont des oreilles. Je t'ai parlé d'un projet. Ce que j'en ai dit ne correspond pas totalement à la vérité de ce que j'en ai appris. Achète un autre portable et prends une carte prépayée, comme je le fais actuellement. Mon portable habituel, je ne l'utilise que pour le travail. Téléphone-moi demain, je serai chez moi. Ne m'en veux pas si je coupe ici, comme je ne connais pas la sécurité de ton portable. J'en ai déjà trop dit.

-Ok, J'ai relevé le numéro avec lequel tu m'appelles. Je t’appellerai demain dans la matinée. Ton affaire m'intrigue et m'intéresse à la fois. Je veux la tirer au clair. J'ai encore plus de raisons que toi pour le faire. Je ne t'ai pas tout dit, non plus. Je vis dans deux espaces-temps différents. Je connais des évènements que mes interlocuteurs devraient  connaître tout autant que moi puisqu'ils y étaient et pourtant, ils n'en laissent rien paraître. Par contre, une autre époque ancienne, me semble, elle, inconnue, perdue dans mes souvenirs. Mais... 

De l'autre côté, plus de tonalité, on avait déjà raccroché. Pas sûr que Jim ait tout entendu. Il devait avoir raison. Localiser des interlocuteurs prend un certain temps qu'il ne fallait probablement pas dépasser dans ce cas. 

Il rentra. La soirée se déroula sans plus aucun commentaire à ce sujet.

 

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11/12/2012

Chapitre 10: Révélations

« Ne révèle pas aux autres le malheur qui te frappe. », Pindare

0.jpgBob ne parvenait pas à dormir.

Mary dormait profondément quand il se leva et alla rêver sur la terrasse. Le ciel était limpide. La pleine lune éclairait la mer.

Il se servit à boire.

Les précautions que Jim demandait et qu'il fallait prendre pour ne pas être découvert, il n'avait jamais eu l'occasion de connaître un tel secret à ne pas partager avec Mary pour ne pas l'impliquer.

Tout cela lui faisait peur, tout en l'excitant. 

Jouer les agents secrets, participer à un "complot", c'était à la télé qu'il voyait cela et il était dans la vraie vie.

Un dilemme se présentait à lui. 

Continuer serait prendre des risques dont il ne soupçonnait pas les conséquences. Bob avait une famille, une épouse, un fils et une belle-fille et un petit-fils, avec lesquels il avait retissé des liens plus étroits. Il ne s'agissait pas de les mettre en danger en affrontant le Ministère de la Défense par l'intermédiaire de sa société Phamastore.

Arrêter et dire à Jim qu'il ne voulait pas entrer dans ce jeu trop dangereux, serait l'abandonner et quelque part, le trahir. Jim avait eu confiance en lui. Il l'avait choisi pour son diplôme dans les neurosciences, mais ses connaissances dataient de plusieurs années et n'avaient jamais été mises à jour. Les neurosciences, un domaine des sciences en perpétuelle évolution. 

Il sentait qu'il ne pouvait pas le décevoir. 

C'était aussi une occasion de rafraîchir ses connaissances, de se remettre dans le bain sur ce qu'il avait appris pendant ses études universitaires via Internet. 

De proche en proche, tout en le passionnant, le jargon utilisé lui revenait en mémoire et facilitait sa remise à niveau. Les heures passèrent dans cette récupération de mémoire.

A 06:00 du matin, insensiblement, il s'était assoupi, sa machine toujours allumée, distribuait des images sur l'écran, en éclairant et assombrissant alternativement la pièce.

Le réveil avait dû sonner dans la chambre et Mary apparu, assez étonnée, de ne pas l'avoir à côté d'elle dans le lit.

Elle descendit au rez-de-chaussée et le vit affalé au côté du PC.

Elle le secoua avec douceur avec la ferme intention de le réveiller.

-Alors, tu découches maintenant ?

-Excuse-moi, je ne parvenais pas à dormir. Je suis venu me chercher à boire et comme la nuit était belle, je me suis mis à rêver et à consulter sur ce putain de PC.

-Rêver devant un ordinateur, là, vraiment, je ne te reconnais plus du tout depuis ton accident. De la rage, ai-je dis.

Bob sourit et referma l'écran sur le clavier. Il en savait assez.

Il se leva et entreprit de préparer le déjeuner, toujours l'air songeur, sans plus rien dire.

Mary comprit qu'elle ne devait pas trop insister pour chercher les raisons de son mutisme pour rouvrir le dialogue.

Elle le tenta néanmoins.

-Ta convalescence arrive à sa fin. J'espère que tu ne t'ennuies pas trop. Après ce que tu m'avais dit en vacances, pas de paranoïa, tout de même?

-N'aie crainte, j'ai du travail à rattraper. Hier, je suis allé au bureau pour me reconnecter avec les affaires?

-Ah, Et que t'ont-ils dit?

-Pas grand chose. C'était une première remise en condition. Un premier contact, sans plus. J'ai vu Marcovitch, qui m'a trouvé bronzé. La réceptionniste, aussi. Tout va donc bien du côté de ma beauté physique.

-Là, c'est toi, qui va me rendre jalouse.

Aucune mention de sa rencontre avec Jim.

Après le déjeuner, Mary s'en alla en lui jetant un sourire et un baiser sur le front.

A peine quelques minutes après sa sortie de la maison, Bob s'apprêta pour aller acheter un nouveau portable comme Jim le lui avait conseillé. Un banal jetable, loin d'être sophistiqué, comme il en existait pour les appareils photographiques.

Pourquoi avait-il attendu si longtemps pour s'en acheter? Il aurait été moins ignare dans ce monde de brutes.

Aussitôt acheté, déballé, le vendeur l'avait mis en service avec les options habituelles pour qu'il fonctionne immédiatement sans retard.

Bob se retrouva dans la rue. Il composa le numéro de Jim.

Il était déjà 08:30. Matinal, Jim? Il l'ignorait. A l'autre bout, la voix connue apparut.

-Allo, Jim, ici, Bob. Peut-on reprendre la conversation de hier ou dois-je te rappeler plus tard?

-Non, c'est parfait. Même chez moi, je suis réveillé depuis longtemps à cette heure. Comme nous avons du temps, je vais commencer par te mettre au courant des projets de la société. Tu peux te rendre compte que tous les pharmaciens essayent aujourd'hui de trouver la pilule miracle pour permettre aux gens d'allonger leur vie au mieux et, ainsi, assurer la vie d'une société qui aurait lancé la pilule miracle sur le marché. Lutter contre les maladies de la génération papy et baby-boom, tout un programme. Pour traiter l'arthrite rhumatoïde ou d'autres troubles auto-immunes, il y a déjà l'Infliximab, mais on cherche mieux, à prévenir les problèmes inflammatoires. Je ne vais pas te faire un cours, mais tu vois où je veux en venir. 

- La pilule "élixir de jouvence", quoi. J'ai des clients de la classe plutôt riche qui en utilisent déjà.

-Exact. Les recherches essayent de vaincre le cancer, l'infarctus, Alzheimer, le sida. Rien que cela il y a une fortune à faire dans l'industrie pharmaceutique. Les maladies orphelines, tu peux comprendre que c'est pas leur truc. Il faut que cela rapporte. Tu as peut-être lu que les laboratoires pharmaceutiques auraient ignoré un traitement du cancer parce qu'il ne leur permettait de  gros bénéfices. Pourtant, c'est de ce côté préventif et non pas curatif, que l'on pourrait améliorer la santé des patients. Il vaut mieux prévenir que guérir comme dit la maxime. Tu as dû connaître les aventures néfastes des anti-inflammatoires comme le Vioxx, le Mediator et j'en passe et des meilleurs.

-Je m'en souviens du Vioxx, retiré du marché. Mais je suppose que ce serait trop simple et que c'est de l'histoire ancienne.

-Dans notre jargon, on donne à ces pilules miracles, le caractère "pléiotropique". Il y a beaucoup de médicaments qui sont déjà dans le domaine public qui pourraient en faire partie. Tu connais la plus célèbre Aspirine, le vulgaire acide acetylsalicylique qui donne des espoirs dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Simplement suite au fait d'être anticoagulant, le cerveau est mieux oxygéné et il déboucherait les artères. Tu connais évidemment l'effet secondaire, les saignements et les hémoragies.

-Oui, je connais cela. C'est son point négatif. Tu en as d'autres?

-Il y a la Metformine qui est un antidiabétique notoire qui est aussi connu, depuis longtemps et donc qui ne rapporte plus rien à l'industrie pharmaceutique de très juteux, mais qui pourrait vraiment apporter un plus comme Glucophage. La molécule est excellente pour la maintenance des neurones et contre leur dégénérescence. C'est l'inhibiteur de la fonction des radicaux libres. Les effets secondaires sont surtout digestifs. Tu suis toujours?

-Oui. Je connaissais la Metformine et donc, elle ne serait pas d'un grand secours pour faire entrer de l'argent dans les caisses non plus.

-Tu as raison. Le Sida, le 1er décembre a été sa journée mondiale. La société avait espéré de sortir quelque chose de plus efficace que la tri-thérapie. Raté, rien de miraculeux de ce côté.  La benzodiazepine destinée à contrer l'anxiété augmente les démences et favorise la maladie d'Alzheimer. A ce sujet, il y a aussi la Statine qui existe pour prévenir du cancer, l'ostéoporose et la sclérose en plaque. Moins connue mais tu dois connaître le Lipitor et l'équivalent de la Pitavastatine en Europe. Mais, il y a un hic. La molécule a la désagréable manie d'avoir des effets secondaires qui apportent des troubles de la mémoire.0.jpg

-Mazette. Ce qu'on apporte de bien d'un côté, on le retrouve comme un mal, d'un autre côté.

-Tu as tout compris. La recherche est devenue statistique, à la recherche de compromis, du moindre mal. De plus, les patients jeunes ne réagissent pas de la même manière aux médicaments que ceux qui ont un âge de raison de 50 ans et plus. Ce sont ces derniers les plus grands consommateurs, les plus riches, les plus inquiets pour leur vieillesse. Des cocktails de médicaments existent pour ceux-ci et ils s'en gavent pour rester jeunes. La Mélatonine, la DHEA, la Rapamycine qui inhibe le cancer mais entame le diabète, en même temps. Le fameux équilibre, ce n'est pas encore pour demain. 

Tout tient dans des indices, des suspiçions de résultats qui demandent des années pour être confirmés. Entre temps, les pharmaciens en chef, nos chers patrons, doivent se donner les moyens de leur politique.   

-Je vois que l'auberge espagnole est en place.

-(Rires) Comme tu dis. Je te parlais, hier de "MIND". Quand ce projet «MIND» m'est passé sous le nez, moi qui ai la supervision de tous les projets de la Corporation, cela m'a beaucoup intrigué. Cela m'a paru louche et je dois l'avouer, indigné de ne pas avoir été consulté. Cela ne m'était jamais arrivé. Étais-je sur la touche? Je me suis mis à chercher sans beaucoup de succès. Puis, j'ai eu un correspondant anonyme qui m'a mis l'eau à la bouche. Un sorte de corbeau du genre Wikileaks. Si tu veux. Pharmaleaks, plutôt. Probablement quelqu'un parmi les concepteurs du projet. Il avait brouillé sa voix. Comme tu m'as dit que ce genre de sujet était dans tes cordes, je me suis dit qu'il fallait te mettre dans le secret. Je suis trop mouillé par ailleurs pour le tenir pour moi seul, et y réagir à revers. J'ai connu les moyens, le nom d'utilisateur et le mot de passe pour entrer sur le site du projet. Tu penses bien que j'y suis allé.

-Et qu'est-ce que c'était?

-C'était lié à la mémoire et aux neurosciences. Pour moi, un problème que je connais moins. Je dis «problème» car d'après moi, sans beaucoup de connaissances du projet, cela ne sentait pas bon. Il s'agirait de recherches pour la génération d'un médicament qui permettrait d'effacer la mémoire d'un individu pour une période donnée plus ou moins longue, dépendant de la quantité du produit absorbée. Pour des militaires, tu penses bien que cela pourrait-être utile.

Quelques secondes de réflexions. Un blanc dans la conversation pour réfléchir avant que Bob reprit la conversation.

-Jim, tu ne le sais probablement pas, je suis peut-être paranoïaque, mais je pense que j'ai été probablement un des cobayes de leurs expériences. Le jour de mon accident, je soupçonne Malcovitch de m'avoir fait boire quelque chose de bizarre à l'insu de mon plein gré. C'est dire à quel point, cette histoire m'intéresse. Donne-moi les infos pour entrer dans l'antre du diable. Je chercherai ce qui se trame derrière ce projet et les noms des ingénieurs qui sont impliqués.

-Ils y sont. Tu vas être surpris à ce sujet. Malcovitch de HR est dans la liste. C'est le seul que je connaisse au bureau de San Francisco.

Bob réfléchit à peine quelques instants.

-Je répète, donne moi vite les moyens pour aller y jeter un coup d'oeil.

-Là est mon erreur. J'ai pris quelques notes au vol sans aller bien loin. Je n'ai pris aucune copie du site. Mon interlocuteur-corbeau m'avait dit d'utiliser un proxy pour me connecter et de ne pas y rester pointé trop longtemps de peur que les IP des ordinateurs qui se connectent, soient mémorisés. Il avait omis de dire que les accès changeaient couramment. Je pensais y revenir le lendemain. Le mot de passe avait changé. J'étais gros-jean. Plus moyen d'y accéder.

-Quelle m...

-Ce ne sont pas des novices. Le croire, ce serait signer ton arrêt de mort. Voilà, tu sais tout ce que j'ai appris avant de me planter lamentablement.

-Il n'a pas promis de te contacter à nouveau?

-Si. Il voulait avoir mon feedback. Il devrait me recontacter très   prochainement. Je te l'enverrai. Bonne chasse aux sorcières avec lui. Aux États-Unis, on aime les sorcières, non? (rires) Je vais devoir te laisser, Bob. La smala arrive. Les enfants sont levés. 

Un déclic. La conversation était coupée. Jim ne voulait pas que quelqu'un ait l'envie d'enregistrer la conversation. Il n'y avait plus qu'à attendre le coup de fil de son informateur. 

Remonter les fils de la Toile jusqu'à leurs sources et tuer, si besoin, l'araignée qui s'y cache. Voilà, ce que Bob voulait réaliser sans être pour cela, un justicier. 

Rien ne semblait le justifier, rien de suspect, encore, mais, à y réfléchir, un souvenir lui revint.

Un détail avant de sombrer dans le néant après son accident. Il avait reçu de l'aide et une ambulance de secours très rapidement. Trop rapidement, peut-être. Ce qui l'avait peut-être sauvé. L'appel ne venait pas des deux camionneurs qui avaient été en cause. Ceux-ci étaient partis après avoir vu qu'ils n'avaient subi aucun dommage et vu qu'ils n'étaient pas impliqués, trop content de ne pas perdre de temps. De cartes de visite de leur part, aucune trace. L'appel au secours avait été donné à partir d'une voiture qui suivait. Voiture dont Bob gardait une vision vague dans ses souvenirs juste avant de se sentir mourir.

Coïncidence ? Il ne pouvait le dire. Nulle mention de cette voiture avait été faite dans le rapport de police. Elle avait disparu. Il se proposait d'aller voir les bureaux d'un journal pour obtenir les détails de son accident et peut-être, se reconnecter avec le rapport de police.

Si la paranoïa est considéré comme une maladie, la prudence, elle, ne fait aucun mal à personne et encore moins à celui qui n'a pas l'habitude d'une telle situation face à des forces occultes.


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07/12/2012

Chapitre 11: Analyses révélatrices

« En ultime analyse, toute chose n'est connue que parce que l'on veut croire la connaître. », Koan zen

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Tôt le matin suivant, pris encore dans ses songes, Bob fut surpris par la sonnerie du portable dont personne, à part Jim, ne devait connaitre le numéro.

Un coup d'oeil sur le petit écran.

Non, ce n'était pas Jim. Un numéro s'affichait qu'il ne connaissait pas.

Il pressa le bouton pour entrer en communication.

-Bonjour. Ne demandez pas qui je suis. Pas de nom. Pas de mots trop explicites. Notre interlocuteur commun m'a donné votre numéro de téléphone. Il m'a dit que vous étiez intéressé à retrouver la vérité au sujet de notre affaire. Affaire qui pour vous s'est déroulée assez mal pour vous, ma-t-il dit. Je suis prêt à vous aider dans vos recherches. Il m'a dit que vous aviez assez de connaissances scientifiques pour comprendre les recherches pharmaceutiques et les neurosciences. Appelez-moi à 10:00 heures à ce numéro?

La communication fut coupée. L'interlocuteur commun n'avait pas attendu la réponse. Cela ne faisait aucun doute, il devait être l'informateur de Jim.

Bob nota le numéro de téléphone de ce nouvel inconnu appelant.

Cette fois, le trio d'espions devait être au complet.

Les précautions prises confortaient Bob.

Comme disait Jim, les « autres n'étaient pas des novices ».

Ce qu'il devait découvrir et que Jim aurait pu lui donner, il allait, probablement, pouvoir confirmer le malaise et le mystère qui planait autour de son accident. Dans le cas contraire, pour le moins, des indices.

Le PC et le logiciel d'aspirateur de sites, ce qu'il avait besoin pour l'occasion, il les avaient. Bob s'était exercé avec ce logiciel et cela marchait parfaitement.

Plus qu'à attendre impatiente jusqu'à 10:00.

A 10:00 pile, il prit son portable, du papier et un crayon et composa le numéro.

Immédiatement, la voix voilée recommença.

Prenez note. Je vous en laisse le temps. Je ne répéterai pas. Dans le site, pointez votre souris sur le mot MIND du site. Puis pressez les touches Ctrl-Alt-M. Un nouveau dialogue devrait apparaître. Dans lequel vous entrerez ce qui suit. Actuellement, le 1er mot est "mind$1132%". Le 2ème, "oscar#1220$$". Après, c'est à vous à voir.

Les mots "à voir" furent suivit d'un déclic. La conversation était déjà coupée. Tout avait été noté avec fidélité.

Il prit son PC et commença les opérations dans l'ordre. Cela se passa comme prévu.

Le dialogue et les deux mots de passe, après la communion des touches sur le mot « MIND ». Le site apparu dans son entier. Sans prendre le temps de lire, il déchargea tout le site sur son PC pour rester le moins de temps connecté.

Il ne fallait pas rester en rade pendant des heures à lambiner sur une page. Il fallut très peu de temps pour que les pages se garent sur son propre PC. Une vérification pour s'apercevoir la profondeur de ses téléchargements. Ensuite, il se déconnecta d'Internet.

Il s'intéressa tout d'abord aux personnes impliquées avec un intérêt non dissimulé.

Parmi les noms des ingénieurs qui s'occupaient du projet, peu d'entre eux étaient connus par Bob. Tous travaillaient dans la maison mère dans l’État de Washington. En consultant, la liste des intervenants au niveau management, il trouva le seul nom connu, celui de Marcovitch. Celui-ci était donc la seule antenne à être au courant à San Francisco.

Marcovitch n'était pas étranger à tout ce qui allait suivre pour Bob. Comme chef du personnel, il avait été, probablement, en charge de trouver des cobayes pour ce médicament qui agit sur la mémoire. Le test devait se résumer à évaluer le temps pendant lequel, Bob allait se souvenir de l'affront et du stress qu'il venait de subir en apprenant son licenciement. Un test suffisamment marquants pour qu'il soit concluant. Un test dans le réel. Vraiment une bonne idée, pensait Bob.

Quel faux-cul, pensa-t-il. 

Le doute n'était plus permis, Bob avait été drogué lors de son passage dans son bureau. Mais, son accident n'avait pas été programmé.

Cela n'avait, donc, pas été, vraiment, concluant à son réveil. Bob s'était souvenu de toput ou presque, mais il n'en avait rien laissé paraître. C'était un raté dans le timing. Les médicaments de réanimations que les médecins de la clinique, devaient, peut-être, avoir agi comme un antidote ou, du moins, avoir apporté un décalage dans le temps.

La période pendant laquelle Bob était resté dans le coma, avait annihilé complètement l'espoir de tirer des conclusions sur son cas particulier.

Marcovitch, tout miel, était venu constater sur place à la clinique quand Mary lui avait dit que son réveil, allait être imminent.

Cela devait néanmoins être stressant pour lui de choisir la bonne attitude à adopter, ne sachant pas si la drogue avait eu l'effet escompté ou non.

La question principale était "Quelle attitude allait prendre sa victime à son retour à la vie ?"

Bob avait choisi, pour lui, en jouant le jeu de l'amnésique patenté.

Malcovitch avait dû pousser un ouf de soulagement.

L'arroseur, il fallait, à nouveau, l'arroser.

Quant à Mary, à quel niveau, jouait-elle la comédie ?

Elle aussi devait y avoir joué un rôle. Contrainte, volontaire ou sans même s'en rendre compte. C'était évident aujourd'hui.

L'idée qu'elle fut, également, un autre cobaye dans l'affaire, lui vint à l'esprit. Idée vite écartée.

Impossible. Comment la drogue lui aurait-elle été administrée?

Toutes ces réflexions qui venaient en file indienne, lui donnaient le tournis.

Où se trouvait la limite entre vérité et mensonge, entre possible et impossible ?

"Marcovitch ne doit plus jamais espérer que j'irai à nouveau me régaler d'un de ces breuvages qu'il concocte dans le dos de ses invités", pensa Bob.

Le goût de l'aventure, de la découverte l'encouragèrent pourtant à continuer ses recherches.

Une sorte de guerre s'était enclenchée dans son esprit. Il n'était pas contre les développements de la science, mais celle-ci devait servir l'homme et non pas chercher à le détruire psychiquement.

Il avait lu les noms de ceux qui étaient les responsables du projet, sans les reconnaître et sans aller plus loin.

Quels étaient ceux qui faisaient le lien avec le Département de la Défense ? La CIA était-elle impliquée?

Il entreprit de remonter dans le temps et de recréer le CV de tous les membres de la liste, un a un.

Les deux premiers noms étaient des pharmaciens de formation, mais le troisième attira plus l'attention de Bob.

Graham Mineway, un ancien gouverneur d'un autre État. Mais qu'est-ce qu'il est venu faire dans le domaine pharmaceutique si ce n'est chercher ses jetons de présences lors d'Assemblées Générales ? Quel était son intérêt ?

Avait-il fait des choses répréhensibles qu'il aimerait voir effacer de la mémoire de quelqu'un ?

C'est ici, que Bob se retrouvait à la croisée des chemins. Aller de l'avant comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était passé et reprendre le collier comme avant et attaquer.

Il était clair que cet interlocuteur anonyme était coincé lui-même et qu'il espérait obtenir de l'aide de l'extérieur parce qu'il ne pourrait agir de l'intérieur sans être très vite brûlé, pris par ses obligations professionnelles. Probablement, avoir une famille et des bouches à nourrir pour l'entraver dans une attaque en règle.

Son éthique personnelle était prise en défaut. Peut-être était-il jeune. Peut-être que s'il levait le petit doigt de son poste qu'il serait brûler à jamais dans la profession.

Bob se sentait chargé de mission pour dénoncer ce qui ne pouvait se faire. Il se devait de tirer cette affaire au clair. Son affaire ne touchait pas que lui. Quelqu'un comptait désormais sur son action. Il était pris au piège du secret mais quelque part, être dans le secret l'excitait comme si c'était une nouvelle vie qui commençait.

La première chose qu'il devait élucider et tirer au clair c'était sa vie privée à lui. Le reste viendrait peut-être dans le lot.

Son épouse n'était plus la même par rapport à l'époque qui avait précédé son accident. Elle avait de la prévenance en s'occupant de lui alors qu'avant elle ne voyait que le rendement à toutes les actions entreprises en commun accord ou non.

Il décida de s'y atteler, dès le soir et imagina un subterfuge pour se lancer dans cette tâche. Pourquoi pas une invitation et faire grimper son épouse aux rideaux, comme les français disent dans ce cas?

Il n'était pas encore trop vieux pour cela. Après l'amour, on peut changer de sujet et chercher, sur l'oreiller, à savoir qui est qui et qui fait quoi.

Pour ce qui est de la société qui l'emploie, il avait reçu toutes les informations, tous les secrets. 

Il fallait qu'il rembobine les fils sur la pelote de laine toute entière.

Bob se rappelait d'un film "Le Fugitif" dans lequel il était question du même genre de dérive dans le domaine de la pharmacie. Dans ce film, l'épouse était assassiné.

Bob se rendait compte que son histoire à lui ne correspondait pas à celle-là, mais cette affaire le poussait encore plus à creuser la sienne.

Jouer le rôle de cobaye ne lui avait pas plu.

Impliqué dans son nouveau rôle par obligation de réagir à une tromperie avec une mission même si elle pouvait être dangereuse, devait être un risque calculé pour lui.


 

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03/12/2012

Chapitre 12: Stratégie

« Il faut avoir une stratégie, mais il faut qu'elle soit souple, c'est l'instinct qui nous dit quand il faut changer de stratégie. Les deux sont importants mais on ne peut pas avoir l'un sans l'autre. », Paul Desmarais

0.jpgBob n'avait pas dormi, la nuit suivante.

Tout s'était bousculé dans sa tête.

Attaquer de front, révéler la vérité, cela aurait été de la folie. Une multinationale même en difficulté ne se serait jamais gênée par un olibrius qui s'attaque à elle dans son coin.

Son avenir en dépendait tout autant.

Un ombudsman, ce n'était pas ce qui existait dans les projets primordiaux de l'administration californienne.

Que du contraire.

On aurait préféré couler les rafiots, qui se présentaient à la rencontre d'un porte-avions plutôt que de lancer des torpilles contre ceux-ci.

Aurait-il été digne de confiance, lui-même, vis-à-vis d'une autorité compétante et indépendante? Qui l'aurait cru?

On retourne facilement les travailleurs d'une entreprise puissante comme le sont les multinationales. S'il était découvert, on aurait pu déjà l'utiliser et lui donner de fausses informations pour, ensuite, le faire plonger.

Il avait déjà été trop loin en posant des questions sur ce qui s'était passé lors de son passage et qu'il avait en principe reçu son C4.

Qui sait, la préposée au département HR avait été mise au parfum ou pire pour elle, subi le même traitement de lavage du cerveau.

Non, il fallait jouer serré, continuer à faire semblant. Jouer à l'amnésique l'avait servi jusqu'ici. Ne pas se tromper était plus difficile mais faisable après avoir calé quelques points de ruptures pour pouvoir s'y référencer en cas de doute ou de déroute. 

Combien de temps allait tenir son rôle de corbeau pour dévoiler ce qui se cachait derrière le projet MIND et qui l'avait mis dans la confidence?

Son instinct s'était toujours tourné vers le client qui allait acheté sa camelote et ainsi augmenter le chiffre d'affaires de ses employeurs et pas pour les faire tomber.

Qu'avait jouer son épouse dans cette pièce en deux actes?

Comme Mary était fatiguée en rentrant, il n'avait pas osé commencer son entreprise de fol-amour.

Pas question de brusquer les choses. 

Ces questions reprenaient une boucle infernale dans sa tête au rythme de ses changements de positions dans le lit dans lequel Mary dormait à ses côtés.

Une stratégie ne se présentait pas. Le cirage.

Il avait bien entendu qu'il existait le hacking sur Internet, que Wikileaks publiait les malversations des états mais il s'agissait d'une multinationale privée et il n'était pas du tout sur cette longueur d'onde par son expérience. 

Appeler la presse et raconter  à quelqu'un, les détails de ce qu'il avait cru comprendre sans en avoir de preuves... Qui voudrait jouer le diffuseur masqué et ne dévoilerait pas ses sources.

Un journal, voilà la bonne idée.

Mais qui mettre dans la confidence? Quel journal?

Tout se calma et il s'endormit.

Mary, dans le lit jumeau, n'avait heureusement pas ressenti son excitation et la transpiration qu'elle avait généré.

Le lendemain, le réveil fut laborieux.

Mary se leva peu de temps avant lui et vient l'embrasser en lui rappelant l'heure avancée.

Il se leva, s'apprêta et prit la décision de la suivre comme une ombre.

Un instinct, une curiosité? Allait-elle aller à son bureau ou avait-elle d'autres objectifs?

Partie dans sa propre voiture, Mary ne pensa pas avoir un suiveur. Bob, malgré son inexpérience dans les filatures et sa voiture rouge bien reconnaissable, n'eut aucun problème pour la suivre. Mary n'eut aucune raison de jeter une coup d'oeil dans le rétroviseur.

Quelle ne fut pas sa surprise de la voir aller vers son propre bureau de "Pharmastore".

Là, pour ne pas être reconnu, Bob ne pouvait aller plus loin. Il s'arrêta le long du trottoir à distance respectable et décida d'y rester en faction. Mary était entrée dans la pyramide de l'America.

Rien ne se passa.

Midi sonna. Mary accompagné de Marcovitch sortirent ensemble. Là, le doute n'était plus permis, de près ou de loin, elle devait être impliquée. Peut-être, étaient-ils ou avaient-ils été amants. La rage mêlée à la jalousie le prenait à la gorge.

Un nouveau rôle  à jouer, celui de détective après celui de corbeau. "Vraiment comblé, Bob", se dit-il.

Il devait éclaircir cette ambiguïté dans sa vie privée, mais Bob n'avait jamais aimé les esclandres en public. Ensuite, il ne connaissait rien du type de relation qui les avaient rapproché.

La compréhension, il le ferait, dès le soir même, avec le plus de doigté possible.

Il rentra sans attendre la sortie des deux d'un Wimpy dans lequel ils s'étaient glissés. 

C'est alors, qu'une idée lui vint.

Il se rappelait un copain qu'il avait connu pendant ses études universitaires et qui avait choisi le journalisme.

Se rappeler de son nom, d'abord. Si le prénom, Thomas, lui revenait sans peine, le nom, par contre, s'était perdu dans ses souvenirs.

Bob entreprit de consulter l'annuaire téléphonique en même temps qu'Internet pour trouver les numéros de téléphones des journaux. 

Sur la table de cuisine, le déjeuner à gauche, le PC sur la droite et l'annuaire sur les genoux, il entreprit sa recherche.

Le "San Diego Union-Tribune", le "San Francisco Chronical" semblaient être les meilleurs, il s'en rappelait vaguement. Le premier journal avait subi une fusion en 1992. Son souvenir datait de cette époque. 

Il forma le numéro de téléphone.

- "San Francisco Chronical". Bonjour. Que puis-je faire pour vous?

- Bonjour, je recherche un ancien condisciple d'école dont le prénom est Thomas, mais j'ai complètement oublié son nom. Pourriez-vous regarder dans votre liste de journalistes d'investigation? Je sais, c'est un prénom souvent utilisé, mais peut-être, pourriez-vous m'en donner une liste?

- En principe, je ne peux pas donner les noms de nos journalistes.

- Je sais, mais faites-moi plaisir. Pourriez-vous faire une exception? C'est urgent et vital, pour moi, j'ai des informations qui pourraient l'intéresser au plus haut point. J'ai été étudiant avec lui à l'Université, il y a une vingtaine d'années.

- Je regarde dans ma liste.

- Merci, de faire une exception.

Quelques minutes pendant lesquelles, une musique d'attente était sensée faire patienter tout interlocuteur trop pressé. Puis, retour de la voix de la préposée.

Vous avez de la chance, il y a trois Thomas chez nous.

- Bonne nouvelle. Pouvez-vous à l'aide du fichier du personnel s'il y a l'un d'entre eux qui est âgé de 42 ans environ?

- Décidément, vous avez une chance de pendu. Je n'ai qu'un journaliste avec cet âge. C'est Thomas Eddington.

- C'est ça. Je m'en rappelle à l'instant. Dites-moi comment je peux vous faire parvenir un petit cadeau, mais avant ça donnez-moi son numéro intérieur direct. Je vais le rappeler dans une heure.

- C'est le numéro d'appel que vous avez utilisé auquel vous ajoutez 448 et vous tomberez sur son poste interne. Pour le cadeau, si un jour vous passez par ici, j'aime beaucoup les fleurs roses. A vous de choisir lesquelles... Mon prénom  est Léa. Demandez-moi à la réception. Je n'aime pas les cartes et j'aime connaître la tête de mes soupirants. (rires)  

- Entendu. Je m'en souviendrai. Je passerai certainement un de ces jours. Encore, merci.

Bob raccrocha et s'apprêtait à utiliser son portable quand celui-ci sonna.

L'espion interne. La voix toujours voilée.

Décidément, son interlocuteur, informateur était pressé d'avoir des résultats. Peut-être se sentait-il déjà repéré.

- Vous savez qui est à l'appareil. Avez-vous progressé dans vos recherches? Dois-je vous donner de nouvelles informations?

- Je vous ai reconnu. J'ai étudié une stratégie. J'ai un ancien copain journaliste qui pourrait nous aider. Pas de problème de votre côté?

- Non, l’anonymat est conservé. N'oubliez pas de ne pas rester connecté à l'adresse que je vous ai communiquée.

- Pas de problème de ce côté, j'ai déchargé le site complet sur mon PC en utilisant une IP d'un serveur et me suis déconnecté après le déchargements.

- Ok, parfait. Sage précaution. Ne cédez pas toute l'information d'un seul coup, à votre journaliste. Si vous avez des questions, vous savez à quelle heure, il faut le faire. Toujours la même. Je ne pourrai pas vous rencontrer.

- Pas de problème. Je...

La communication était coupée.


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