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27/12/2012

Chapitre 06: Réconciliation avec le passé

« Les morts se prêtent aux réconciliations avec une extrême facilité. », Anatole France

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Le 6 novembre, ce fut la reélection d'Obama. Secrètement, il était content qu'il avait gagné. Il n'en laissa rien paraître à Mary qui  plus nerveuse que d'habitude était visiblement contrariée par le même événement.

Pas question de commencer un conflit familial pour un problème de politique. 

Tout doucement, Bob reprenait goût à la vie. L'idée que tout était beau, gentil et peut-être vrai, l'avait effleuré.

Marcovitch lui avait donné un mois de plus après sa convalescence à la clinique. Il oublia l'événement qui d'après lui, avait provoqué son accident.

Les cicatrices physiques s'effaçaient définitivement par suite des soins que Mary lui apportait.

Le kiné était encore venu une ou deux fois. Plus une visite de courtoisie que pour donner des soins. Une amitié s'était forgée entre eux. 

Les cicatrices morales, elles, s'estompaient derrière un mur de bonnes paroles volontaires.

Ce qu'il avait enduré pendant le mois de solitude avant son accident, ne pouvait être qu'un effet du hasard suite à une erreur de jugement et du temps. Il se forçait à le penser ainsi.

Un soir, il en entama la consécration de ce succès dans une conversation avec Mary pour couronner ce changement psychologique.

-Mary, si on partait en vacances une semaine. Nous sommes presque en hiver, et si on allait en montagne. Tu ferais du ski. Je me reposerais au soleil. Cela fait tellement longtemps.

-Ce serait une bonne idée, mais nous avons un projet important au bureau pour l'année prochaine. Je ne peux quitter le bureau aussi facilement. Ta convalescence ne va pas durer et bientôt tu retourneras au boulot. Je suppose que tu as déjà repris des contacts avec tes clients et...

-D'accord, mais ce serait aussi une possibilité de remettre nos compteurs à zéro. Nous sommes mariés depuis 29 ans. Dans quelques mois, 30 ans de vie commune. Nous sommes un vieux couple reconnus comme tel par nos connaissances. Tu ne crois pas que ce serait une bonne idée de tout balancer et de penser à nous pour un temps. Notre garçon semble sur les rails. Au Mammoth Lake, par exemple. Ce n'est pas loin. Quatre heures de route et on est en pleine nature dans les grands espaces, il devrait déjà y avoir de la neige. Et, Là haut, le soleil brille. Il y a longtemps qu'on y a été. Qu'en dis-tu? 

-Je vais voir ce que je peux faire, mais je ne te promets rien. Ne fais pas de projets sur la comète avant que je ne t'ai donné le feu vert.

-Ok mais ne tarde pas. Mon congé supplémentaire ne va pas durer. Nous sommes déjà tard pour entamer un voyage sur le pouce.

La conversation s'arrêta là. Bob n'avait pas l'intention de lui donner plus de raisons intimes à l'écarter de la maison. Pour ce qui est du boulot, s'il avait repris des contacts avec le bureau, ce n'est pas pour le faire revenir dans l'esprit des clients. Ceux-ci avaient appris sa mésaventure. Son équipe avait repris les rennes de ses propres affaires et certains avaient été délégués pour lui remettre leurs voeux de prompts rétablissements.

Tout tournait sans lui et jusqu'ici, il n'avait pas encore eu l'envie de se remettre le collier autour du cou. Cette vie, légèrement handicapée dans sa mobilité, ne le contrariait qu'à moitié, en définitive. Il n'avait jamais connu cette plénitude d'un bonheur qu'il n'avait pas connu en pleines facultés physiques.

Jamais, il n'avait pris le temps de regarder la maison et le jardin avec autant de sagesse et de plénitude. Ce n'était pas du yoga, mais ses moments de réflexions ressemblaient à une analyse existentielle. Il se rendait compte que rien n'était jamais acquis ni dans un sens ni dans l'autre.

Il ne voulait plus ressembler à l'homme d'avant, ne plus recommencer ces moments sombres et de disputes.

Non, vraiment, pas de crainte à avoir. 

Il prit le temps de lire, ce qu'il avait oublié de faire depuis longtemps, trop occupé au boulot. Pas vraiment bricoler dans la maison, mais remettre de l'ordre dasn sa vie. Des occupations qu'il avait perdues de vue.

La maison n'était pas grande mais jolie. De type méditerranéen, comme beaucoup. Le jardin était de la taille d'un jardinet que l'on mesure plus en centiares qu'en ares. Un palmier prenait beaucoup de place et nécessitait depuis quelques temps plus qu'un élagage. Le parterre de roses à arroser complétait la place encore libre dans son emploi du temps. Les roses avaient ainsi, comme lui, repris goût à la vie.

Bob était un américain de traditions. Californien dans l'âme, il aimait son pays. L'Etat dans lequel tout était possible, pour seul horizon. Il ne connaissait quasiment rien du reste du monde si ce n'est par l'intermédiaire des médias.

Depuis un certain temps déjà, il se rendait compte que la Californie était parti en vrille avec ses nouveaux chômeurs de la classe moyenne. Mais il se cachait derrière cette réalité. C'était le paradoxe d'une situation vieillissante mais qui faisait toujours un carton au box office. Quand on travaille dans les nuages que l'on appelait le "cloud computing", il en était encore loin. Il n'avait pas le besoin d'atterrir en sortant des nuages puisqu'il n'avait décollé. Il n'avait jamais voulu partir dans ce djihad en mode "bleu" ou "vert", devenu la phobie ou la religion de la Silicon Valley.

Ils connaissait trop bien les yuppies qui étaient aux commandes. Cette "Valley" avec ses gosses de riches et ses pelotons de créatifs, il ne voulait pas en faire partie. Cela lui avait souvent joué trop de concurrence avec une certaine agressivité. Bob avait une excellente formation issu de facs d'élites, mais il ne  se sentait pas intégré dans ce domaine de friqués et de dingues que l'on adore ou insulte au besoin. Dans son équipe, il comptait deux Indiens, trois Mexicains et un Cubain. Les autres étaient des natifs, des immigrés d'une autre époque, devenus de purs Américains plus vrai que nature. Tous aimaient les sports pour garder la forme physique à courir comme seule arme de destruction massive de cet esprit rivé à l'économie. Quitter la Californie et ses grands espaces, jamais l'idée ne l'avait effleuré.

Ce soir-là, Mary revint avec la bonne nouvelle.

-J'ai parlé à mon chef. Il m'accorde une semaine. Je prendrai mon PC et mon portable avec moi, mais je dois être rentré à la fin du mois de novembre pour un meeting. Si tu veux te charger des réservations.

-Formidable. Je m'en charge. J'avais déjà jeté un coup d’oeil sur les hôtels. Il y a des séjours de ski... et si cela ne marche pas, pourquoi pas l'inverse au soleil plus au sud, au Mexique... et refaire notre voyage de noce en Basse-Californie...

-Je te laisse seul juge. Fais pour un mieux. Je sais que tu as des talents d'organisateur. Je te fais confiance.

Le dîner fut encore plus joyeux que d'habitude comme de jeunes amoureux. Les yeux rivés dans les yeux, Bob se disait que sa stratégie était la bonne pour contrecarrer ce mauvais présage qui faisait partie d'une vie plus antérieure. Une fausse vie sans futur qu'il fallait relier au présent, un peu plus tard.
Le lendemain, tout fut réglé. Une réservation sur Internet. Départ pour Mammoth Lake pour le lendemain.

Tout se passa comme prévu. Quatre heures de route dans les grands espaces qu'il reconnaissait pour avoir visité quelques clients sur place. Mary conduisait. 

Il remarquait qu'il ne connaissait pas beaucoup du métier de Mary. Elle travaillait dans un bureau d'architectes.

Elle lui raconta les derniers projets dont elle devait s'occuper.

Bob l'écoutait avec une écoute qu'il n'avait eu que rarement l'occasion. Construire des maisons, quelque chose dont il ne connaissait pas grand chose. Bob découvrait ou redecouvrait la passion de son épouse. Que de temps perdu, se disait-il.

L'étape suivante du plan réconciliation pouvait commencer à germer. Quant à la conciliation avec le futur, tout restait à faire.


08:10 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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