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21/11/2012

Chapitre 15: Rendez-vous

« L'histoire ne se répète pas, mais ses rendez-vous se ressemblent. », Gabriel de Broglie 

0.jpgLa soirée et la nuit avait été, pour , Mary et Bob, un retour aux premières heures de leur mariage. De doux moments qu'ils avaient un peu perdus de vue en esprit et dans leur chair.

Mary était partie, tôt le matin. 

Ce fut le moment choisi par Bob pour donner un coup de fil au journal de Thomas.

Après s'être identifié, avoir rappelé quelques souvenirs de leur passé commun, Bob arriva à la partie mise au courant de ses buts. Un article à écrire sur les agissements de Pharmastore. A la fin de l'entretien, Bob prit rendez-vous avec Thomas Eddington, fixé pour l'après-midi à 14:00. Thomas avait l'air très intéressé.

Le rendez-vous entre eux devait avoir lieu à Auckland, loin du journal, éloigné de San Francisco où, en principe, personne ne devait les reconnaître sauf exception ou accident.

Toute la matinée, Bob réfléchit à un plan de bataille. Comment appâter un journal avec son histoire, avec des révélations susceptibles de l'intéresser sans trop en dire depuis le début?

A y réfléchir, il n'avait aucune preuve de ce qu'il avancerait. Des intuitions, des interprétations de faits.

Ce n'était que par d'autres interlocuteurs dont il ne pouvait pas ni donner les noms, ni les références, qu'il pouvait s'y référer. Il ne les connaissait d'ailleurs pas. Il était, seulement, l'intermédiaire qui connaissait la partie, disons "technique", du projet MIND.

Le point faible allait être, Thomas, le confident de presse. Celui-ci ne pouvait révéler ses sources alors que son rédacteur en chef pouvait l'y forcer ou plus grave encore, être contraint par la force s'il était capturé par un ennemi inconnu.

La convalescence de Bob touchait tout doucement à sa fin. Il fallait accélérer la cadence car il ne pouvait pas se permettre d'être rattrapé, ni dépassé par le temps.

Une fois après avoir repris le collier du voyageur de commerce, c'était probablement trop tard.

Pour ce faire, les infos qu'il donnerait, devaient être suffisamment, convaincantes, explicites et révélatrices pour ne pas rester lettres mortes pour un journaliste d'investigation. Il ne pouvait pas tout révéler dès le premier contact et garder un certain suspense pour ne pas brûler l'histoire dès la première entrevue.

Bob avait imaginé un scénario pour tenir le lecteur en haleine par chapitres édités dans le journal par l'intermédiaire de Thomas.

Ce n'était pas à Bob, de dicter sa marche à suivre, mais, seulement, de donner quelques directives puisqu'il était un corbeau de l'affaire par ricochet.

Le reste de la matinée fut réservé à la supervision de ce qu'il avait déchargé sur son PC. 

Ensuite ce fut un déjeuner frugal avant de partir. Il prit la voiture à 12:00 pour se rendre au débarcadère de Sausalito et y  traverser la baie sur une navette. Sa voiture rouge fut laissée dans le parking.

Le ferry qu'il prit, n'était pas rempli. A la saison touristique, il aurait été bondé. La mer n'était pas agitée et le voyage fut sans histoire.

Arrivé à Auckland, il prit un taxi pour se rendre au "Cisco Bay". Ce "Cisco Bay" était une taverne ou un bar qui datait du temps où les chaînes de motels faisaient la course pour construire de petits restaurants qui délivraient une restauration rapide pour les routiers quand ils en avaient marre de solitude dans leur trucks.

A la vue du parking presque complet, Bob se félicitait d'avoir pris le ferry et laissé sa voiture de l'autre côté, près de la mer. Il prit un taxi pour le reste du chemin.

Il faisait un froid de canard. Le vent accentuait cette impression de froidure que le taxi, déjà bien chauffé, avait fait oublier. Il courut sur le sol glacé et une atmosphère embuée l’accueillit dès sont entrée dans le bar.

Une place libre dans un coin de la salle, c'était ce qu'il recherchait et qu'il trouva assez vite. Pas mal de routiers autour de lui.

Bob sortit, de sa poche, le foulard rouge qui devait servir d'artifice de reconnaissance.

13:55, il se demandait s'il allait reconnaître Thomas, son condisciple qu'il n'avait plus revu depuis vingt ans.

14:15, un homme entra le crâne presque complètement dégarni. Après l'opération de repérage, il se dirigea vers Bob avec le sourire.

- Bob?

- Oui, c'est moi.

- Ben en définitive, tu n'as pas trop changé. Je ne vais pas dire que le foulard ne m'a pas servi et que je me serais jeté à ta table sans hésitation, mais... à y réfléchir, il y a des restes qui ne trompent pas.  

- Moi, de même, coupa Bob qui s'apprêta de lui mentir. Il y a pas à dire les années changent un homme. Mais il y a des traits dont je me rappelle et qui ne trompent pas même s'il y a quelques cheveux en moins sur le sommet du crane.

Ils rirent ensemble. L'humour entre eux passait bien et était un bon présage à une rencontre réussie.

Pour ouvrir la conversation, ils se mirent à étaler leurs souvenirs réciproques. Les profs de l'époque qui furent leurs victimes préférées, pour remonter le temps.

Les rires fusèrent de plus belle à chaque retour sur les histoires loufoques. Une ambiance qu'ils avaient connu encore étudiant.

Il fallut attendre la 3ème consommation pour que les choses sérieuses revinrent dans la conversation.

Le vif du sujet, l'affaire Pharmastore, était plus actuel et Bob l'introduisit de manière assez abrupte.

- Mais tu te rends compte que ce n'est pas uniquement pour se rappeler des bonnes histoires d'étudiants que je t'ai appelé, dit Bob.

- Ni pour mes beaux yeux. Je m'en doute. Mais cela nous a permis de rajeunir un peu. Alors raconte-moi. Tu m'en as déjà touché une partie en me donnant l'eau à la bouche. J'ai hâte d'en connaître un peu plus. J'allume mon dictaphone-enregistreur, si tu me le permets?

- Bien sûr. J'ai des infos complètes, mais ce que je vais te raconter sera une mise en bouche résumée. Je n'ai pas encore eu le temps de tout consulter. 

Bob commença par donner quelques éléments de sa vie active passée à Pharmastore. Une vie presque banale d'un voyageur de commerce qui aime ce qu'il fait. Il passa ensuite au point d'orgue à son accident qui en fut la césure.

Puis, il entama un survol des évènements chronologiquement sans aller dans trop de détails.

Sa longue convalescence. Le doute qui s'était installé. Sa perte de mémoire décalée dans le temps. Sa mise à l'épreuve par un informateur anonyme mystérieux. Le secret qui entourait une recherche dont même l'habituel manager des recherches n'étaient pas au courant. Le risque qu'il y ait des magouilles sous le seau du secret. Le projet "MIND" dans toute sa "splendeur".

Il termina son exposé en y ajoutant le suspense qui l'entourait pour son informateur et du risque qu'il s'imposait, qu'il ne fallait pas mettre en péril en le faisant vaciller sur des bases d'infiltré trop idiot.

Il attendait avec impatience les réactions du journaliste qui restait toutes ouïes comme s'il suivait un roman policier, sans beaucoup interrompre.

A la coupure de la respiration, il s'exclama. 

Mais, il y a un terrible article à écrire avec tout cela. Je suppose tout de même que ton informateur veut aller plus loin. Que cela soit révélé au grand public sans qu'il soit impliqué et sans qu'il ne tombe dans la manoeuvre. Ai-je bien compris?

- Je ne suis pas sûr de ses intentions. Cela me semblait être le cas. Il m'a introduit dans la confidence sans nécessairement se construire une véritable chaîne de solidarité construite tout autour. Tu es le dernier à en être informé.

- Il te laisse carte blanche sur les processus?

- Oui. Je lui en ai parlé et il n'a pas été contraire. Il faut que tu saches que dès que tu publierais la moindre ligne, tu te verrais impliqué comme le maillon suivant. Tu commencerais à risquer plus gros. Sans pouvoir révéler tes sources. Car tu es bien d'accord, pas question de révéler tes sources.

- N'aie crainte. J'ai encore cette éthique du métier. Je connais ce genre de situation. Un article d'investigation présente toujours un certain risque de véracité et de preuves à fournir. Dans ce cas-ci, je vois très bien comment emmancher l'affaire comme un feuilleton plutôt que comme un article unique.

- C'est exactement ce que je pensais que tu choisisse comme stratégie. Aller de proche en proche, pour creuser.

- Nos lecteurs aiment ce genre de feuilleton. Puisque notre conversation a été enregistrée, il me sera plus facile de découper cela en épisodes qui vont leur plaire. Je vais écrire le premier article dès demain. La mise en forme annonciatrice sans beaucoup révéler.

- Parfait.

- Juste pour tâter le terrain pour voir s'il y aura une réaction de ta société. Voir si elle dénie l'accusation ou si elle attaque. La tournure de cette réaction indiquera très bien si nous avons tapé juste et si la stratégie est bonne. Je le présenterai à mon comité de rédaction.

- Cela me paraît la meilleure approche. Dans une semaine ou deux, je dois normalement reprendre du service dans mon entreprise. Je connais ton numéro de téléphone au journal. Je t'appellerai au besoin à partir de mon portable particulier qui ne laisse pas trop de traces.

- Ok. Cela me va. Vraiment content de t'avoir revu. Vraiment content que tu m'apportes des informations pour mon journal. Je vais t'écrire une saga qui ressemblerait à "Dallas".

- Je continue mes investigations de mon côté et je prends contact plus tard avec toi, avec de nouvelles infos pour tes papiers.

Ils se quittèrent, tous sourires confondus.

Le journaliste parti en premier ce qui permit à Bob de constater que personne ne le suivait. Quant à lui, son inspection discrète dans le rétroviseur suivait son inconscient en allure de croisière.

Le projet MIND et ses commanditaires n'avaient qu'à bien se tenir. Après la publication de sa dénonciation, il y avait fort à parier que la liste des suspects s'allongerait.

Le mot de passe pour atteindre les informations confidentielles aurait très bien pu changer ensuite, mais il détenait la dernière version la plus complète sur son PC personnel, PC qu'il devait sécuriser bien plus qu'il ne l'avait fait jusqu'alors.

A son retour, il s'y attela pour le reste de l'après-midi. Copier l'enregistrement du site de Pharmastore, du dossier qu'il avait constitué sur CD  et l'envoyer dans un coffre, c'est ce qu'il espérait faire dès que possible. 

La panoplie de l'espion qui venait du froid, il fallait qu'il l'apprenne en quelques leçons rapides.


12:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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